Les relations entre les familles et l’école à travers l’histoire

La Guadeloupe coloniale

A la veille de l’émancipation l’enseignement ne s’adresse qu’à une partie de la population. Le gouvernement provisoire[1] ‘’ Considérant que la préparation de la jeunesse à la vie morale, civile et politique, est un des premiers devoirs que la société ait à remplir vis-à-vis d’elle-même ; Que plus il y a d’hommes éclairés dans une nation, plus la loi et la justice sont respectées ; Que la société doit l’éducation gratuite à tous ses membres. Décrète : il sera fondé, dans chaque commune, une école élémentaire gratuite pour les filles, et une école élémentaire gratuite pour les garçons ; Ces écoles, seront multipliées autant que l’exigeraient les besoins de la population ; Nul ne peut se soustraire au devoir d’envoyer à l’école son enfant, fille ou garçon, au-dessus de 6 ans et au-dessous de 10 ans, à moins qu’il ne le fasse instruire sous le toit paternel.’’

Le gouvernement provisoire décrète le 27 avril 1848, l’ouverture d’écoles gratuites et obligatoires-sous réserve de certains cas-dans les colonies. Ce décret ne sera que peu appliqué, et cinq années plus tard la gratuité en école primaire fut remise en question. La chute de l’effectif scolarisé fut manifeste et entraîna en 1857 une modification de la législation[2].

‘’La consultation des documents que laissèrent les religieux instituteurs des nouveaux libres permet d’envisager l’histoire de cette période si fondamentale aux Antilles, et si mal connue, à partir de sources différentes des documents officiels. […] Les mesures prises par les Commissaires Généraux de la République dès leur arrivée en Guadeloupe et en Martinique en juin 1848 dans le domaine de l’enseignement public s’inscrivaient dans un ensemble législatif destiné non seulement à maintenir, à court terme, les nouveaux libres au travail sur les plantations de canne à sucre, mais aussi à promouvoir les travaux agricoles auprès des futures générations d’écoliers. […] Mais l’abandon du projet d’instruction gratuite et obligatoire pour les enfants de six à dix ans formulé par le Gouvernement Provisoire en 1848 au profit du catéchisme dispensé par les frères sur les plantations et de l’ouverture d’écoles dites « agricoles » était partie intégrante du système de réorganisation sociale post-esclavagiste mis au point pendant les années qui suivirent 1848. Une législation adéquate mise en application entre 1848 et 1854 réduisit le nombre des élèves se rendant à l’école pendant la journée, le temps passé en classe et augmenta le nombre des enfants et travailleurs adultes catéchisés sur leurs lieux de travail.’’[3]

Dans les années 1880 l’Ecole est l’objet d’une lutte entre l’Eglise et l’Etat au niveau national, et la volonté d’assimilation pourrait laisser penser que l’éducation scolaire se pose dans les mêmes termes au niveau local. Pascal Barthélémy cite Alice Conklin[4] : « Alors que l’assimilation des habitants de l’Empire n’a jamais constitué un objectif officiel, les administrateurs coloniaux sont d’accord pour considérer l’expansion de la langue et des institutions françaises comme un vecteur fondamental de diffusion des valeurs, théoriquement universelles, à la base de la civilisation française. La rhétorique impériale, amalgame changeant de principes républicains et de préjugés racistes, a à la fois légitimé l’usage de la force contre les colonisés et critiqué ce recours à la force, au nom de l’héritage révolutionnaire de la France ».

Un décret, en date du 26 septembre 1890, a appliqué aux colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion, l’article 1er de la loi du 16 juin 1881, sur la gratuité ; la loi du 28 mars 1882, sur l’obligation et la loi du 30 octobre 1886 sur l’organisation de l’enseignement primaire. « On s’est borné, à cette époque, à indiquer, d’une façon » générale, les conditions d’application de ces lois, en raison de l’organisation administrative spéciale des colonies intéressées. L’expérience a démontré que ces indications générales étaient insuffisantes et qu’une adaptation précise s’imposait. » d’où la publication de l’Arrêté -promulguant à la Guadeloupe et dans ses dépendances le décret du 23 août 1902, déterminant le texte des lois métropolitaines sur l’enseignement primaire appliquées aux colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion.

 La question scolaire est un enjeu de société qui nourrit le débat politique depuis de très nombreuses années. ’’L’Ecole joue un rôle de premier plan dans le développement de la Guadeloupe, sa conscientisation d’identité et doit favoriser la valorisation de l’environnement caribéen et de son histoire’’[5]

L’Ecole a pour but de former l’homme en développant chez lui toutes les valeurs morales dont il est porteur, de permettre également à ce dernier de réaliser toutes ses potentialités dans différents domaines.

L’école à un rapport particulier avec les parents, car historiquement l’école n’avait pas d’attente vis-à-vis des parents. 

[1] Décret sur l’ouverture d’écoles primaires, http://lesabolitions.culture.fr/medias/abolition/4decrets/documents/cite-decret-org-2.pdf

[2] Antoine ABOU, L’Ecole dans la Guadeloupe Coloniale- Ed Caribéennes- p 57

[3] Nelly Schmidt, Les frères de  l’instruction chrétienne  aux  Antilles – Revue d’histoire  moderne et contemporaine (1954)

[4] Dans Les mots de la colonisation française, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2007, p. 74 

[5] René Beauchamp- Secrétaire Général du SPEG- Assemblée Générale de la FAPEG du 19 novembre 2000

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